Le gueule de bois

Après 3 jours de campagne entre les deux tours, je suis aussi inquiet que pendant les élections américaines. Le scénario Trump que (presque) tout le monde avait écarté, car jugé improbable, est pourtant arrivé. Alors pourquoi cela ne pourrait-il pas se produire en France ?

Le mode de scrutin et ses 2 tours

Le paysage politique n’est pas le même et les spécificités françaises peuvent amener leurs lots de surprises. Par exemple, le report de voix d’entre deux tours est un facteur qui n’existe quasiment pas aux USA mais qui en France aura une importance décisive. C’est un des enjeu majeur de ce second tour. En plus des ralliements prononcés ces derniers jours, il va falloir pour Macron mobiliser les abstentionnistes et convaincre ceux qui préfèrent voter blanc. Sa stratégie mise en place pour l’instant ne semble persuader ni les uns, ni les autres. En revanche, Marine, elle, a tout compris. Elle drague les électeurs de Mélenchon en mettant en avant les ponts entre les deux programmes, sans pour autant délaisser son noyau d’électeurs en continuant sa rengaine sur l’immigration.

Parce que Marine n’est pas Jean-Marie

Elle a tout fait pour changer l’image du parti. Dernier fait d’arme, ôter toutes références au FN sur ses affiches. Elle en est même arrivée à dire qu’elle n’est pas la candidate du FN.
Pour ceux qui ont un temps soit peu de perspicacité, cette manœuvre n’a aucune chance. Malheureusement, beaucoup de jeunes s’y sont laissés tromper, et n’ont plus le regard que notre génération portait sur l’extrême-droite.

Et Macron peut se planter entre les deux tours

Il ne faut pas qu’il pêche par excès de confiance. La bataille est loin d’être gagnée et son équipe de campagne va devoir faire les bons choix. Et pour l’instant, je ne suis pas certain que ces choix aient été les bons. Le déplacement à l’usine Whirlpool est une première erreur et le repas à la Rotonde n’arrange rien non plus. Ces deux faits de début de campagne vont lui compliquer la tâche pour se défaire de son image de candidat du système. Les soutiens d’anciens du gouvernement, même si dans le principe on ne peut pas le leur en vouloir, n’est pas un cadeau.
Reste le débat d’entre deux tours. La grande inconnue, l’exercice décisif à ne pas louper. Et sur cet exercice, je crains que Macron paye son manque d’expérience d’élu. On peut considérer qu’il ne s’en était pas trop mal sorti lors des premiers débats, même si je lui reprocherais de se perdre trop souvent dans ses phrases à rallonge. Face à Marine Le Pen, ces errances discursives seront immédiatement sanctionnées. Je suis certain que la candidate l’attend de pied ferme sur ce point. Il va falloir être concis, précis et convaincant. Il faudra aussi du répondant, car Marine Le Pen va essayer de le manger tout cru. Et même s’il parvient à s’en sortir sans trop de casse, ça ne sera pas assez. Pour être sûr de l’emporter, il va falloir être impeccable. Sinon, nombreux seront ceux à ne pas vouloir glisser le bulletin pour un candidat qu’ils n’ont pas choisi.

Pour conclure, rien n’assure que Macron devienne président. Et je sens monter dans ma gorge une boule qui je l’espère ne finira pas en larmes à l’issu du scrutin. Je cherche à me convaincre que même si Marine Le Pen atteint le pouvoir, le sursaut républicain viendra des législatives. Mais pourquoi faudra-t-il toujours que l’on se bouffe le mur pour apprendre à freiner.

Sandwich au caca ou poire à lavement

Cette vieille référence à South Park sonne toujours aussi bien pour les élections à venir. Malgré que les primaires aient réussi à mettre hors course des têtes que l’on ne voulait plus revoir (Sarkozy, Juppé, Valls, …), le choix restent délicat et sent le déjà vu. A 3 jours du scrutin, je suis comme beaucoup de Français : indécis, mais surtout désabusé.
Dimanche dans l’isoloir, il va falloir faire un choix et quel qu’il soit il me laissera un goût amer. Mais j’ai peur que ce soit pire dans 15 jours.